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Ségolène!

 

Michel Onfray

03 avril 2007
Le cerveau d'un homme de droite.
Le cerveau d’un homme de droite.
Portrait de Nicolas Sarkozy, acte 1.
De Boston (U.S.A.) mardi 3 avril, 16h00 heure locale.

La revue Philosophie magazine m’a demandé si, sur le principe, 
j’acceptais de rencontrer l’un des candidats à la présidentielles pour 
le questionner sur son programme culturel, son rapport aux choses de 
l’esprit ou sa relation à la philosophie. Dans la foulée de mon 
consentement, la rédaction m’a rappelé en me demandant si j’avais une 
objection contre Nicolas Sarkozy. Pas plus avec lui qu’avec un autre, 
j’aurais même consenti à Jean-Marie Le Pen tant l’approche de l’un de 
ces animaux politiques m’intéressait comme on visite un zoo ou un musée 
des horreurs dans une faculté de médecine. Ce fut donc Nicolas Sarkozy.
Il me paraît assez probable que son temps passé – donc perdu…- avec Doc 
Gynéco ou Johnny Hallyday le dispensait de connaître un peu mon 
travail, même de loin. Je comptais sur la fiche des renseignements 
généraux et les notes de collaborateurs. De fait, les porte plumes 
avaient fait au plus rapide : en l’occurrence la copie de mon blog 
consacrée à son auguste personne. Pour mémoire, son titre était : Les 
habits de grand- mère Sarkozy – j’y montrais combien le candidat 
officiel drapait ses poils de loup dans une capeline républicaine bien 
inédite …
Je me trouvais donc dans l’antichambre du bureau de la fameuse grand 
mère Sarkozy, place Beauvau, en compagnie de deux compères de la 
rédaction de la revue et d’un photographe qui n’en revenaient pas de se 
retrouver dans cette géographie de tous les coups fourrés de la 
République. Epicentre de la stratégie et de la tactique politique 
policière, espace du cynisme en acte, officine du machiavélisme en or 
d’Etat, et portraits des figures disciplinaires de l’histoire de France 
représentées en médaillons d’austères sinistres.
Arrivée du Ministre de l’intérieur avec un quart d’heure d’avance, il 
est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. 
Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. 
Grand fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise – bien 
qu’assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes 
croisées, l’une d’entre elles est animée d’un incessant mouvement de 
nervosité, le pied n’arrête pas de bouger. Il tient un cigare fin et 
long, étrange module assez féminin. Chemise ouverte, pas de cravate, 
bijoux en or, bracelet d’adolescent au poignet, cadeau de son fils 
probablement. Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j’exhibe mon 
calme.
Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, 
il n’arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, 
débit impossible à contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt 
phrases autistes. Le directeur de cabinet et le porte-plume regardent 
et écoutent, impassibles. On les imagine capables d’assister à un 
interrogatoire musclé arborant le même masque, celui des gens de 
pouvoir qui observent comment on meurt en direct et ne bronchent pas. 
Le spectacle des combats de gladiateurs.
Je sens l’air glacial que transportent avec eux ceux qui, d’un geste du 
pouce, tuent ou épargnent. Poursuite du monologue. Logorrhée 
interminable. Vacheries lancées comme le jet de fiel d’une bile malade 
ou comme un venin pulsé par le projet du meurtre. Hâbleur, provocateur, 
sûr de lui en excitant l’adversaire à se battre, il affirme en 
substance  : « Alors, on vient voir le grand démagogue alors qu’on 
n’est rien du tout et, en plus, on vient se jeter dans la gueule du 
loup… » !
Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, 
morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont 
on sent qu’il les souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles sans 
parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d’autre chemin 
que dans cette série d’aveux de blessure. J’avance une autre phrase. 
Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d’acides. Une 
troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute 
façon démesurée, disproportionnée.
Si l’on veut être Président de la République, si l’on s’y prépare 
depuis le berceau, si l’on souhaite présider les destinées d’un pays 
deux fois millénaires et jouer dans la cour des grands fauves de la 
planète, si l’on se prépare à disposer du feu nucléaire, si l’on 
s’expose depuis des années en s’invitant tous les jours dans les 
informations de toutes les presses, écrites, parlées, photographiées, 
numérisées, si l’on mène sa vie publique comme une vie privée, et vice 
versa, si l’on aspire à devenir le chef des armées, si l’on doit un 
jour garantir l’Etat, la Nation, la République, la Constitution, si, 
si, si, alors comment peut on réagir comme un animal blessé à mort, 
comme une bête souffrante, alors qu’on a juste à reprocher à son 
interlocuteur un blog confidentiel peu amène , certes, mais inoffensif 
?
Car je n’ai contre moi, pour justifier ce traitement disproportionné , 
que d’avoir signalé dans une poignée de feuillets sur un blog , que le 
candidat aux présidentielles me semblait très récemment et fort 
fraîchement converti à De Gaulle, au gaullisme, à la Nation, à la 
République, que ses citations de Jaurès et Blum apparaissaient fort 
opportunément dans un trajet d’une trentaine d’années au cours 
desquelles ces grands noms étaient introuvables dans ses interventions 
, questions qui, au demeurant, rendaient possible un débat, et que 
c’était d’ailleurs pour ces raisons que nous étions là, Alexandre 
Lacroix, Nicolas Truong et moi….
Cette colère ne fut stoppée que par l’incidence d’une sonnerie de 
téléphone portable qui le fit s’éloigner dans la pièce d’à côté. Tout 
en se déplaçant, il répondait avec une voix douce, tendre, très 
affectueuse, avec des mots doux destinés très probablement à l’un de 
ses enfants. Le fauve déchaîné tout seul devenait un félin de salon 
ronronnant de manière domestique. En l‘absence du ministre, je m’ouvre 
à mes deux comparses en présence des deux siens et leur dit que je ne 
suis pas venu pour ce genre de happening hystérique et que j’envisage 
de quitter la place séance tenante…
J’étais venu en adversaire politique, certes, la chose me paraissait 
entendue, et d’ailleurs plutôt publique, mais ceci n’excluait pas un 
débat sur le fond que je souhaitais et que j’avais préparé en apportant 
quatre livres enveloppés dans du papier cadeau ! Quiconque a lu Marcel 
Mauss sait qu’un don contraint à un contre don et j’attendais quelque 
chose d’inédit dans ce potlatch de primitifs post-modernes …
Vaguement liquéfié, et sibyllin, le tandem de l’équipe de Philosophie 
magazine voyant leur scoop s’évaporer dans les vapeurs du bureau 
propose, dès le retour du Ministre, que nous passions à autre chose et 
que j’offre mes cadeaux… Je refuse en disant que les conditions ne sont 
pas réunies pour ce genre de geste et que, dans tous les sens du terme, 
il ne s’agit plus de se faire de cadeaux.
« Passons alors à des questions ? A un débat ? Essayons d’échanger ? » 
tentent Alexandre Lacroix et Nicolas Truong. Essais, ébauche. En tiers 
bien à la peine, ils reprennent leurs feuilles et lancent deux ou trois 
sujets. La vitesse de la violence du ministre est moindre, certes, mais 
le registre demeure : colère froide en lieu et place de la colère 
incandescente, mais colère tout de même.
Sur de Gaulle et le gaullisme récent, sur la Nation et la République en 
vedettes américaines – disons le comme ça…- de son discours 
d’investiture , sur la confiscation des grands noms de gauche, sur 
l’Atlantisme ancien du candidat et son incompatibilité avec la doctrine 
gaullienne, le débat ne prend pas plus . Il m’interpelle : « quelle est 
ma légitimité pour poser de pareilles questions ? Quels sont mes 
brevets de gaullisme à moi qui parle de la sorte ? Quelle arrogance me 
permet de croire que Guy Môcquet appartient plus à la gauche qu’à la 
France ? ». Donc à lui…
Pas d’échanges, mais une machine performante à récuser les questions 
pour éviter la franche confrontation. Cet homme prend toute opposition 
de doctrine pour une récusation de sa personne. Je pressens que, de 
fait, la clé du personnage pourrait bien être dans l’affirmation 
d’autant plus massive de sa subjectivité qu’elle est fragile, 
incertaine, à conquérir encore. La force affichée masque mal la 
faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement 
dit dans la cage des grands fauves politiques, on ne trouve semble-t-il 
qu’impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à 
la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le 
salon de Néron…
Habilement, les deux compères tâchent de reprendre le cours des choses, 
d’accéder un peu aux commandes de ce débat qui n’a pas eu lieu et qui, 
pour l’instant, leur échappe totalement. De fait, l’ensemble de cette 
première demi-heure se réduisait à la théâtralisation hystérique d’un 
être perdu corps et âme dans une danse de mort autour d’une victime 
émissaire qui assiste à la scène pendant que, de part et d’autre des 
deux camps, deux fois deux hommes assistent, impuissants, à cette scène 
primitive du chef de horde possédé par les esprits de la guerre. Grand 
moment de transe chamanique dans le bureau d’un Ministre de l’intérieur 
aspirant aux fonctions suprêmes de la République ! Odeurs de sang et de 
remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la 
terre battue jonchées d’immondices après une cérémonie vaudoue…
Tout bascule quand nous entamons une discussion sur la responsabilité, 
donc la liberté, donc la culpabilité, donc les fondements de la logique 
disciplinaire : la sienne . Nicolas Sarkozy parle d’une visite faite à 
la prison des femmes de Rennes. Nous avons laissé la politique derrière 
nous. Dès lors, il ne sera plus le même homme. Devenant homme, 
justement, autrement dit débarrassé des oripeaux de son métier, il fait 
le geste d’un poing serré porté à son côté droit du ventre et parle du 
mal comme d’une chose visible, dans le corps, dans la chair, dans les 
viscères de l’être.
Je crois comprendre qu’il pense que le mal existe comme une entité 
séparée, claire, métaphysique, objectivable, à la manière d’une tumeur, 
sans aucune relation avec le social, la société, la politique, les 
conditions historiques. Je le questionne pour vérifier mon intuition : 
de fait, il pense que nous naissons bons ou mauvais et que, quoi qu’il 
arrive, quoi qu’on fasse, tout est déjà réglé par la nature.
A ce moment, je perçois là la métaphysique de droite, la pensée de 
droite, l’ontologie de droite : l’existence d’idées pures sans 
relations avec le monde. Le Mal, le Bien, les Bons, les Méchants, et 
l’on peut ainsi continuer : les Courageux, les Fainéants, les 
Travailleurs, les Assistés, un genre de théâtre sur lequel chacun joue 
son rôle, écrit bien en amont par un Destin qui organise tout. Un 
Destin ou Dieu si l’on veut. Ainsi le Gendarme, le Policier, le Juge, 
le Soldat, le Militaire et, en face, le Criminel, le Délinquant, le 
Contrevenant, l’Ennemi. Logique de guerre qui interdit toute paix 
possible un jour.
Dès lors, ne cherchons pas plus loin, chacun doit faire ce pour quoi il 
a été destiné : le Ministre de l’Intérieur effectue son travail, le 
Violeur le sien, et il en va d’une répartition providentielle (au sens 
théologique du terme) de ces rôles. Où l’on voit comment la pensée de 
droite s’articule à merveille avec l’outillage métaphysique chrétien : 
la faute, la pureté, le péché, la grâce, la culpabilité, la moralité, 
les bons, les méchants, le bien, le mal, la punition, la réparation, la 
damnation, la rédemption, l’enfer, le paradis, la prison, la légion 
d’honneur, etc.
J’avance l’idée inverse : on ne choisit pas, d’ailleurs on a peu le 
choix, car les déterminismes sont puissants, divers, multiples. On ne 
naît pas ce que l’on est, on le devient. Il rechigne et refuse. Et les 
déterminismes biologiques, psychiques, politiques, économiques, 
historiques, géographiques ? Rien n’y fait. Il affirme : «  
J’inclinerais pour ma part à penser qu’on naît pédophile, et c’est 
d’ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette 
pathologie-là. Il y a 1200 ou 1300 jeunes qui se suicident en France 
chaque année, ce n’est pas parce que leurs parents s’en sont mal 
occupés ! Mais parce que génétiquement ils avaient une fragilité, une 
douleur préalable. Prenez les fumeurs : certains développent un cancer, 
d’autres non. Les premiers ont une faiblesse physiologique héréditaire. 
Les circonstances ne font pas tout, la part de l’inné est immense ». 
« Génétiquement » :  une position intellectuelle tellement répandue 
outre-Atlantique  !
La génétique, l’inné, contre le social et l’acquis ! Les vieilles 
lignes de partage entre l’individu responsable de tout, la société de 
rien qui caractérise la droite, ou la société coupable de tout, 
l’individu de rien, qui constitue la scie musicale de la gauche … 
Laissons de côté la théorie. Je passe à l’exemple pour mieux tâcher de 
montrer que le tout génétique est une impasse autant que le tout 
social. Face à cet aveu de lieu commun intellectuel, je retrouve 
naturellement les techniques socratiques du lycée pour interpeller, 
inquiéter et arrêter l’esprit, capter l’attention de mon interlocuteur 
qui, de fait, semble réellement désireux d’avancer sur ce sujet.
J’argumente :   Lui dont chacun sait l’hétérosexualité – elle fut 
amplement montrée sur papier couché, sinon couchée sur papier montré…-, 
a-t-il eu le choix un jour entre son mode de sexualité et un autre ? Se 
souvient-il du moment où il a essayé l’homosexualité, la pédophilie, la 
zoophilie, la nécrophilie afin de décider ce qui lui convenait le 
mieux  et d’opter, finalement, et en connaissance de cause, pour 
l’hétérosexualité ? Non bien sûr. Car la forme prise par sa sexualité 
est affaire non pas de choix ou de génétique, mais de genèse 
existentielle. Si nous avions le choix, aucun pédophile ne choisirait 
de l’être…
L’argument le stoppe. Il me semble qu’à partir de ce moment, le 
candidat aux présidentielles, le ministre de l’intérieur, l’animal 
politique haut de gamme laisse le pas à l’homme, fragile, inquiet, 
ostensiblement hâbleur devant les intellectuels, écartant d’un geste 
qui peut être méprisant le propos qui en appelle aux choses de 
l’esprit, à la philosophie, mais finalement trop fragile pour 
s’accorder le luxe d’une introspection ou se mettre à la tâche 
socratique sans craindre de trouver dans cette boîte noire l’effroyable 
cadavre de son enfance.
Dans la conversation, il confie qu’il n’a jamais rien entendu d’aussi 
absurde que la phrase de Socrate «  Connais-toi toi-même ». Cet aveu me 
glace – pour lui. Et pour ce qu’il dit ainsi de lui en affirmant 
pareille chose. Cet homme tient donc pour vain, nul, impossible la 
connaissance de soi ? Autrement dit, cet aspirant à la conduite des 
destinées de la nation française croit qu’un savoir sur soi est une 
entreprise vaine ? Je tremble à l’idée que, de fait, les fragilités 
psychiques au plus haut sommet de l’Etat, puissent gouverner celui qui 
règne !
Lors de sa parution, j’avais lu Le pouvoir et la vie de Valéry Giscard 
d’Estaing qui racontait ses crises d’angoisse, ses inhibitions le 
paralysant dans son véhicule militaire de parade le 14 juillet sur les 
Champs Elysées, ses prétextes pour quitter le conseil des ministres 
afin de subir une injection de calmant, son désir de se faire 
psychanalyser (par Lacan !) pendant son septennat, etc. Je me souvenais 
de confidences faites par tel ami bien informé sur l’état psychique 
fort peu reluisant de Jacques Chirac après la dissolution et sur le 
type de traitement psy qu’il suivait à cette époque. Je me rappelais la 
fin d’un François Mitterrand , entre voyantes et reliques de sainte 
Thérèse, invocations des forces de l’ esprit , croyance en l’ au-delà 
et abandon aux médecines de perlimpinpin.
Et je voyais là, dans le regard devenu calme du fauve épuisé par sa 
violence, un vide d’homme perdu qui, hors politique, se défie des 
questions car il redoute les réponses, et qui, dès qu’il sort de son 
savoir faire politicien, craint les interrogations existentielles et 
philosophiques car il appréhende ce qu’elles pourraient lui découvrir 
de lui qui court tout le temps pour n’avoir pas à s’arrêter sur 
lui-même.
Les soixante minutes techniquement consenties s’étaient allongées d’une 
trentaine d’autres. Les deux rôles en costumes qui le flanquaient 
jouaient le sablier. Je trouvais l’heure venue pour offrir mes cadeaux. 
Au ministre de l’intérieur adepte des solutions disciplinaires : 
Surveiller et punir de Michel Foucault ; au catholique qui confesse 
que, de temps en temps, la messe en famille l’apaise : L’Antéchrist de 
Nietzsche ; pour le meurtre du père, le chef de la horde primitive : 
Totem et tabou de Freud ; pour le libéral qui écrit que 
l’antilibéralisme c’est  « l’autre nom du communisme » ( il dit n’avoir 
pas dit ça, je sors mes notes et précise le livre, la page…) : 
Qu’est-ce que la propriété ? de Proudhon. Comme un enfant un soir de 
Noël, il déchire avidement. Il ajoute : «  j’aime bien les cadeaux ». 
Puis : «  Mais je vais donc être obligé de vous en faire alors ? »… 
Comme prévu.
Dans l’entrebâillement de la porte de son bureau, la tension est 
tombée. Qui prend l’initiative de dire que la rencontre se termine 
mieux qu’elle n’a commencé ? Je ne sais plus. Il commente : «  Normal, 
on est deux bêtes chacun dans notre genre, non ? Il faut que ça se 
renifle des bêtes comme ça… ». Je suis sidéré du registre : 
l’animalité, l’olfaction, l’odorat. Le degré zéro de l’humanité donc. 
Je le plains plus encore. Je conçois que Socrate le plongerait dans des 
abîmes dont il ne reviendrait pas… Du moins : dont l’homme politique ne 
reviendrait pas. Ou, disons le autrement : dont l’homme politique 
reviendrait, certes, mais en ayant laissé derrière lui sa défroque 
politique pour devenir enfin un homme.
Alors que ses cerbères le prennent presque par la manche, il manifeste 
le désir de continuer cette conversation, pour le plaisir du débat et 
de l’échange, afin d’aller plus loin. Tout de go, il me propose de 
l’accompagner, sans journalistes – il fait un mouvement de bras dans la 
direction des comparses de Philosophie magazine comme pour signifier 
leur congé dans un geste qui trahit ce qu’il pense probablement de 
toute la corporation… Je refuse. Une autre fois ? Les deux amis ont 
leurs deux paires d’yeux qui clignotent comme des loupiotes…Voyons donc 
pour plus tard… Dernier mot de Nicolas Sarkozy en forme de lapsus, il 
est mouvement vers la sortie : «  Je suis quand même un drôle de type, 
non ? Je dois convaincre soixante-cinq millions de français, et je vous 
dis, là, que je voudrais continuer la conversation ! Hein ? Non ? Il 
n’y a pas autre chose à faire ? Quand même… ». Soixante-cinq millions 
c’est le nombre des français à convaincre d’amour, pas celui des 
électeurs à convaincre de voter…
(A suivre...)


L'hémisphère gauche d'un cerveau de droite.
L’hémisphère gauche d’un cerveau de droite.
Portrait de Nicolas Sarkozy. Acte 2.
Cambridge, (USA), vendredi 6 avril 2007, 10h10 heure locale.

Rendez-vous fut donc pris pour une seconde séance. Elle eut lieu au 
même endroit le Jeudi 1° mars. J’arrive donc à huit heures du matin, 
place Beauvau, avec mes trois acolytes. Apparemment, Nicolas Sarkozy 
n’avait pas prévu que je revienne accompagné et m’attendait pour un 
petit déjeuner en tête à tête … De bonne grâce, il fait ajouter trois 
couverts par un personnel très balzacien dans le costume et la 
scénographie.
Nous ne parlons pas de sujets qui fâchent – politique, gaullisme, 
libéralisme, religion, présidentielles, ministère de l’intérieur- et 
commençons de plain pied avec Sénèque qu’un ami – probablement de 
qualité…- lui a conseillé de lire au moment de sa traversée du désert 
après l’aventure du soutien à Edouard Balladur. Je tiens, de fait, les 
Lettres à Lucilius pour un immense livre pas si éloigné de ça de 
l’épicurisme et sûrement pas aussi caricatural à l’endroit de la 
philosophie d’Epicure que le rabâche la vulgate stoïcienne.
Je conçois que ce livre puisse produire les meilleurs effets sur un 
homme du commun, mais sur un homme qui évolue dans les couloirs des 
officines les plus élevées de la République, je suis curieux de 
l’effet. Car on oublie cette vérité élémentaire que, derrière l’icône 
médiatique, la caricature journalistique, la réduction de l’image 
publique, les clichés qui constituent l’occasion d’une réputation, 
bonne ou mauvaise, les images qui amplifient l’amour des conquis ou 
développent la haine des opposants, il existe un homme de chair et 
d’os, d’âme et de peur, d’angoisses et de faiblesses, de fragilités et 
de névroses, un être qui entretient avec les fantômes de son enfance et 
les spectres de sa mort, ou de celle des êtres qui comptent pour lui, 
une relation intime dans laquelle tout est dit, mais codé, transfiguré 
par un inconscient qui enterre tout cela, ne laissant dépasser de temps 
en temps que des morceaux d’os et des fragments d’âme .
Sénèque ou l’art de vivre avec, de composer avec les coups du destin, 
de transformer les échecs (politiques) en succès (existentiels), de 
rencontrer l’essentiel en face, sans fioritures, sans les emballages 
mensongers des palais du pouvoir ; Sénèque ou les rendez-vous avec la 
mort, la douleur, la souffrance, le temps qui passe ; Sénèque et 
l’amitié ; Sénèque ou l’essentiel après quoi la philosophie morale peut 
plier bagages pour un long temps ; Sénèque et Néron, aussi. Je suis 
dans le bureau du Ministre de l’Intérieur… Le Ministre, le pouvoir, 
l’ingratitude.
Je sens la douleur de cette période - où, dit il, il était « redescendu 
tout en bas » - dans son existence : il n’aime pas les échecs, lui 
moins qu’un autre. Il affirme faire de la politique pour être aimé. 
« Comme tout le monde dit-il, parce que tout le monde a envie d’être 
aimé ». Etrange d’avoir choisi la politique, un monde en noir et blanc 
où l’on aime si peu, et où l’on déteste tant, même et surtout avec les 
protagonistes de son propre camp. En politique, il n’y a que des 
alliances opportunistes, des amitiés de tactique, des liaisons de 
stratégie aussi vite conclues que dénoncées.
Dans cet univers vipérin, chacun cache une dague dans sa manche et l’on 
n’est jamais poignardé que par ses plus proches – ici comme ailleurs. 
Faire de la politique pour être aimé est une étrange démarche, car, 
dans ce bassin de murènes, on récolte bien plus souvent la haine, le 
mépris, la détestation dans ce monde ci que dans d’autres où, pourtant, 
les passions tristes font aussi la loi. Je ne crois donc pas Nicolas 
Sarkozy quand il avance cette idée écran : la politique pour être 
aimé….
A l’évidence, quelque chose d’autre se cache derrière ce paravent. Car 
l’exercice politique haut de gamme, à ces niveaux de dangerosité 
psychiatrique, a plus à voir avec la quête d’une puissance défaillante 
qu’avec un besoin d’amour, elle parait plus en phase avec un manque de 
soi plus qu’avec une envie d’exister dans le regard aimant d’autrui . 
Un freudien verrait probablement dans cette tyrannie de la puissance 
défaillante - qui architecture une existence toute entière- un écho à 
la castration, donc la menace d’une ombre du père – du géniteur, père 
réel, aux modèles politiques, pères symboliques, évidemment.
Belles lumières dans le jardin du Ministère. Des immeubles autour, 
paisibles, calmes, avec vue plongeante sur le carré de pelouse, les 
arbres et un panier de basket accroché à l’un d’entre eux- un morceau 
de vie dans un bunker de la nation. Une antenne immense avec des câbles 
qui arriment l’ensemble au sol : le totem des communications de la 
police française. La voix des Fouché et de ses comparses d’aujourd’hui 
partant codée, cryptée, porter la bonne nouvelle policière dans tous le 
pays.
Beaux produits, bonne cuisine sur la table du petit déjeuner. Service 
impeccable. Œufs au plat, jus d’orange, café, pain grillé, confitures… 
Non loin, en face du bureau, une table avec la presse du jour et les 
quotidiens. Derrière le fauteuil du ministre, une horloge à affichage 
numérique (la même tuait le temps avant le changement de millénaire sur 
la façade de Beaubourg pendant des mois…) décompte compulsivement les 
heures, les minutes, les secondes qui (nous) séparent des élections… Le 
Ministre, le pouvoir, l’angoisse.
Le sablier post-moderne en instrument de Vanité, voilà probablement un 
indice sur l’âme de l’homme qui court après le temps, que le présent 
n’intéresse qu’en regard du futur, de l’avenir, de demain. Incapable de 
jouir de l’instant, il semble toujours le sacrifier pour un temps à 
venir. Il confie que, depuis toujours, ce qui l’intéresse c’est l’étape 
suivante : «  Quand j’étais jeune militant, au fond de la salle, je 
voulais être devant. Quand j’étais devant, je voulais être sur la 
scène. Quand j’étais sur la scène, je voulais être à la tribune. Quand 
je me suis trouvé à la tribune, j’ai eu envie de plus, de mieux, de la 
marche d’après. Je suis fait comme ça… ». Le Ministre, le pouvoir, la 
solitude.
Je me prend à penser : mais que peut désirer ensuite cet homme s’il est 
élu président de la République, sinon sa réélection ? Et après une 
éventuelle réélection ? Dès lors la République, la Nation, l’Etat, le 
bien public, l’intérêt général, la France, le drapeau, et autres 
personnages fantoches de la pièce de théâtre qui se joue nationalement, 
tout cela compte pour bien peu, sinon rien . La politique cache de 
petites histoires psychiques, elle dissimule les micros aventures de 
l’inconscient d’un homme seul, fragile, inachevé, mutilé, souffrant. La 
course à la présidence de la République n’est pas seulement une affaire 
politique, mais aussi (et surtout ?) une logique thérapeutique, une 
cure sur le divan, une plainte mal contenue débordant sur tout le pays 
pris en otage de ce traitement . Plainte de douleur muette, de 
souffrance silencieuse, mais néanmoins réelles…
Nous parlons d’Albert Cohen. Je tiens Belle du seigneur pour un très 
grand livre dans l’histoire universelle de la littérature. Il 
acquiesce, confirme et détaille son plaisir à lire le monologue 
d’Ariane au bain, mais précise qu’il préfère Le livre de ma mère… 
Première phrase de ce livre : «  Chaque homme est seul et tous se 
fichent de tous et nos douleurs sont une île déserte ». Le Ministre, 
l’amour, la mère.
Il embraye sur Yasmina Reza, raconte comme elle est venue le trouver 
pour écrire sur lui et suivre sa campagne. Comment il a donné son 
accord pourvu qu’elle ne pose aucune question. Confirmé qu’en cas 
d’accord, il lui laisserait libre accès à ses archives. « Si je gagne, 
ce sera le roman du couronnement, de l’apothéose. Si je perds, celui du 
tragique. Dans les deux cas, ça fait une histoire intéressante ». Le 
Ministre, l’écrivain, le roman- et ses personnages…
Il parle de Dans la luge de Schopenhauer, sa dernière pièce, avoue 
préférer Le dieu du carnage ( vue avant de faire la connaissance de son 
auteur) dans laquelle une scène met en présence un couple, lui à terre, 
roulé en boule, comme un chien, au pied de sa femme. Il lui demande 
s’il l’aime encore, elle touche du bout du pied l’homme avachi. On ne 
sait si elle va lui donner un coup ou pas… Racontant cette scène, son 
visage quintessencie l’angoisse qu’il incarne à cet instant… Regard 
d’enfant angoissé. Je sens que cet homme a vibré à la théâtralisation 
de cette situation existentielle dans laquelle il a dû probablement se 
trouver, l’inconscient fouaillé. Le Ministre, l’amour, la femme.
Sur la souffrance – celle du Ministre ayant misé sur le mauvais cheval 
présidentiel, celle de l’homme amoureux d’une femme qui a peut-être eu 
besoin du corps d’un tiers pour affirmer son amour à l’homme de sa vie 
-, il énonce une vérité stoïcienne : la réalité de la douleur est moins 
douloureuse que la peur de la douleur. On sent la découverte vécue et 
la quiétude suivant la trouvaille, comme un enfant ravi du bonheur 
d’une paix conquise. Celui qui rit de Socrate jouit de ses trouvailles 
socratiques. Tant mieux pour lui ; tant mieux pour Socrate.
Il avoue ne pas aimer attendre, être pressé, il apprécie les passions 
fortes, les sensations et les émotions denses, il veut mille vies dans 
une, la sienne. Je comprends cette façon de voir les choses, car je 
suis dans le même état d’esprit. Mais lui dans l’inquiétude dispersée, 
moi dans la quiétude concentrée. Lui, intranquille éparpillé dans les 
fragments, moi tranquille dans le grand tout. Lui nerveux sans cesse, 
moi serein tout le temps. Lui n’aimant pas l’introspection, la 
philosophie, Socrate, moi ayant construit ma vie sur cette discipline, 
et avec elle, comme une ascèse, depuis des années, puis acquis mon 
équilibre de haute lutte tant mon départ dans la vie fut contemporain 
de cauchemars qui rendaient très improbable une vie heureuse.
Sentant probablement mon accord avec lui sur la jubilation dans 
l’exercice de ces vitesses existentielles, il me demande : « vous êtes 
comme ça vous aussi, non ? ». J’acquiesce. Il ajoute : «  Je m’en 
doutais. J’ai le regret de vous dire qu’on pourrait partir en vacances 
ensemble ! ». Suivent des considérations qui, à propos des complicités 
de personnes, écartent la politique et mettent au centre le « style »… 
Comment ne pas être d’accord  ? Le style, autrement dit, la petite 
musique reconnaissable, le ton, le tempérament, le caractère, la façon, 
le mode d’être, l’existence impossible à dupliquer , la singularité, la 
subjectivité – hors réputation, cet inévitable malentendu .
Je m’arrête sur cette idée étonnante : partir en vacances avec Nicolas 
Sarkozy ! Un instant, je me suis vu dans un décor de rêve, un endroit 
méditerranéen, mer et soleil, ciel insolemment bleu et chaleur 
estivale, certes, mais avec un entourage cauchemardesque : sur la 
terrasse matutinale, André Glucskmann reprend de la confiture, Pascal 
Bruckner lui demande le pot, Doc Gynéco se verse du café, Christine 
Angot attend son tour pour le pain grillé, Alain Minc demande du 
Nutella, Johnny Hallyday a la bouche pâteuse, et l’on attend le passage 
de BHL qui rentre du Darfour et repart à Marrakech… Je sens que cette 
idée de vacances est un piège, non qu’il me le tende à dessein, - du 
moins je ne le crois pas, je l’imagine sincère à ce moment…- mais parce 
que cet entretien, si Philosophie magazine conserve ce moment-là, ne 
sera probablement vu et lu que par le prisme de cette invite en forme 
de boutade.
Je me réveille un peu, n’étant guère du matin. Le rêve des vacances 
devenu cauchemar m’a sorti du brouillard… Dehors les bruits de la 
ville, l’activité du monde, la rumeur de Paris. Le petit déjeuner se 
poursuit dans le calme. Finies la nervosité et l’agressivité des 
premiers moments de la semaine précédente, finis les gestes qui 
trahissaient la contrariété, l’agressivité, l’agitation. Dans ce bureau 
du ministre de l’intérieur, dans cet emploi du temps de candidat aux 
présidentielles, de patron d’une formation politique de droite 
majoritaire, nous parlons de Cohen et Rabelais, de Céline et 
Schopenhauer, de Sénèque et Shakespeare… Inattendu.
Et puis ce moment où tout bascule, où je crois comprendre ce qui fait 
le grand fauve en politique, ce point commun à tous les gens de 
pouvoir, droite et gauche confondues, pourvu qu’ils soient dans des 
partis à même de se trouver effectivement aux affaires : le mépris des 
lois, l’envie d’occuper un poste, le plus important possible, qui rende 
possible ce mépris au quotidien, et pour longtemps, car il n’y a au 
pouvoir que gens sans foi ni loi. Ou du moins pour qui il n’existe 
qu’une foi et qu’une loi : Soi.
Le Ministre de l’Intérieur, celui qui veille au respect de l’ordre, de 
la Loi, celui qui fait respecter la conformité de l’action publique au 
contrat républicain et aux règles constitutionnelles en disposant du 
pouvoir de mettre en branle la force publique, celui qui a les moyens 
d’activer par la voie disciplinaire et policière la répression de tout 
ce qui (lui) semble un désordre, cet homme là, donc, dans son bureau 
Place Beauvau, fait l’éloge de la transgression…
Voici ses propos : « Je pense que l’on se construit en transgressant, 
qu’on crée en transgressant. Moi-même j’ai créé mon personnage en 
transgressant certaines règles de la pensée unique. Je crois en la 
transgression. Mais ce qui me différence des libertaires (dont j’avais 
pris soin de lui dire que c’était ma famille), c’est que pour 
transgresser il faut qu’il y ait des règles ! Il faut qu’il y ait de 
l’autorité, il faut qu’il y ait des lois. L’intérêt de la règle, de la 
limite, de la norme, c’est justement qu’elles permettent la 
transgression. Sans règles, pas de transgression. Donc pas de liberté. 
Car la liberté, c’est transgresser ». Sidérant : la saillie mérite une 
note sur sa fiche aux renseignements généraux…
J’ai souvent entendu d’anciens gauchistes devenus chrétiens (Philippe 
Sollers, Jacques Henric, Guy Scarpetta et une partie de la bande 
d’Art-Press, dont Catherine Millet) défendre Jean-Paul II d’une main et 
Sade dans l’autre, célébrer les vertus de l’église catholique, 
apostolique et romaine en même temps que les bordels, les hôtels de 
passe, les filles du trottoir, les cérémonies sado-masochistes. Ceux-là 
communient en Georges Bataille qui fut, ontologiquement, le paradoxal 
défenseur de l’ordre répressif afin de pouvoir le transgresser, puis de 
jouir de cette transgression. Sade, Bataille, Sarkozy, mêmes combats ?
D’une part l’ordre, la loi, le pouvoir, la norme, le code pénal, la 
police, la réglementation, la discipline, l’autorité, la force, le 
Ministère de l’intérieur, d’autre part la négation de tout cela : la 
liberté entendue comme la licence, la possibilité de faire ce que l’on 
veut, quand on veut, comme on veut, sans jamais avoir de comptes à 
rendre à personne. Quelle meilleure place pour un tempérament rebelle 
aux lois que celle de chef de la police nationale ? Ou pour un individu 
désireux de s’affranchir et de tuer le Père que celle de patron des 
forces de l’ordre ? Pour l’ennemi des lois, quel poste plus stratégique 
que celui de gardien de la loi ? Exercer le pouvoir, c’est être sûr de 
disposer de l’impunité. Etre au sommet, c’est n’avoir personne 
au-dessus de soi.
Le Roi n’a que des sujets. Il ne rend donc de comptes qu’aux principes, 
aux grands et gros mots, autrement dit, à la Loi qu’un subterfuge 
verbal républicain identifie à la volonté générale, donc à la 
souveraineté populaire qui a le bon goût de ne jamais demander de 
comptes . Des comptes que, de toute façon, on ne lui donnerait pas… Au 
dessus de soi, la Loi sur laquelle on peut s’asseoir. A quoi sert un 
trône sinon ?
Nous allions vers la fin de notre entretien. J’étais le libertaire qui 
défend la loi, il était le disciplinaire qui célébrait la 
transgression ! Le ministre de l’intérieur ne trouvait aux règles 
qu’une bonne raison d’exister : la possibilité de les ignorer ; le 
philosophe nietzschéen parlait pour peu d’interdits, mais pour des 
interdits majeurs, fondateurs de communautés qui, sinon, deviennent 
impossibles. Et le premier n’excluait pas de partir en vacances avec le 
second.- qui, lui, n’envisageait pas la chose… Le monde à l’envers !
Les sabliers vinrent rappeler au candidat qu’il avait autre chose à 
faire que discuter et tirer des plans sur la comète philosophique. Je 
me souvenais que, dans le courant de la conversation, il avait affirmé, 
lorsque nous parlions d’Albert Cohen et d’amour, que le désir d’une 
chose est plus fort que sa réalisation. Savait-il qu’en affirmant : le 
désir ne tient jamais ses promesses, rien n’interdisait qu’on pense 
aussi au désir d’être sur la marche du dessus, celle qui le fascine 
tant, autrement dit de son envie viscérale d’être Président de la 
République ?
Aveu, clin d’œil, lapsus, soulèvement d’une partie du voile ? Morceau 
d’inconscient voguant sur l’océan noir comme un bloc de glace à la 
dérive ? Hameçon ? Dérapage qui livre une clé majeure ? L’horloge 
continuait à tuer le temps qui le sépare du résultat de la consultation 
nationale. La lumière devenait moins douce, plus pure, le jour se 
levait, la matinée s’entamait, il était neuf heures passées. Dans 
l’embrasure de la porte, il me confie le plaisir qu’il a eu à ces 
conversations. Sans sourciller, le plus sérieusement du monde, il 
ajoute : «  vous viendrez me voir quand je serai en face »… Nouvelle 
sidération !
Dix minutes plus tard, sur le trottoir justement en face de l’Elysée, à 
quelques pas des grilles du ministère, j’attends pour laisser passer 
probablement sa voiture blindée qui sort. Couleur sombre, verre fumé. 
Une voiture grise du ministère de l’intérieur devant, la même derrière. 
Le cortège glisse, passe, part. Probablement pour le meeting du soir à 
Bordeaux. Ou pour ailleurs, avant. Dans son bureau, il y a Proudhon et 
Nietzsche, Foucault et Freud qu’il ne lira probablement pas. Peut-être 
déjà dans une poubelle, ou offerts, ou je ne sais quoi d’autre – des 
cadeaux pour la retraite de Chirac...
J’ai de la compassion - de la « tendresse de pitié » écrirait Albert 
Cohen- pour un être qui se détourne autant de lui-même, qui déteste son 
enfance, qui rit du projet de Socrate, qui veut toujours être dans un 
temps qui n’existe pas et qui, pour ce faire, piétine son présent avec 
la même ardeur qu’il foule son passé lointain ; j’ai de la compassion 
pour cet individu qui voudrait tellement être aimé et, maladroit, se 
fait tant détester ; j’ai de la compassion pour cet homme blessé qui 
croit pouvoir panser ses plaies avec les fétiches de la puissance ; 
j’ai de la compassion pour cet homme fragile qui sur joue tellement la 
force ; j’ai de la compassion pour cet homme qui n’échappera pas à 
lui-même : qu’il soit un jour Président de la République, ou qu’il ne 
le soit pas. L’air était frais, la lumière rasante, le soleil cru, les 
ombres humides. Je n’aurais pas échangé une seconde de sa vie pour une 
seconde de la mienne…

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 12:32


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16 avril 2007 1 16 /04 /avril /2007 16:18
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15 avril 2007 7 15 /04 /avril /2007 12:26

On n'est pas toujours à son avantage!!

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13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 09:56

 

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